Entre morts et vivants

C'est la nuit du 1er au 2 novembre, la nuit des morts. Il est 3h du matin, j'arrive à Cucuchucho, un des nombreux petits villages qui bordent le lac de Pátzcuaro. Les grilles du cimetière à peine franchies, je découvre un spectacle extraordinaire, inoubliable.
Les tombes, éclairées d'innombrables cierges, sont toutes admirablement décorées de cempasuchitles* oranges et de terciopelos* rouge sang. Sur chacune d'entre elles trônent des petits paniers remplis de nourriture : pain des morts, maïs, chayotes aux épines acérées... Les femmes, les hommes, les enfants, les vieillards sont assis autour des tombes et parlent doucement. Certains luttent contre le sommeil ; d'autres, enfouis sous des montagnes de couvertures, s'endorment auprès des morts. La brume, les effluves de copal ** et la fumée des feux de bois, allumés çà et là entre les tombes, drapent lentement le cimetière d'un air fantasmagorique. L'ambiance est à la fois paisible et solennelle ; elle balance entre joie et recueillement.
Je veux garder en mémoire ces émouvantes retrouvailles entre morts et vivants. Je prends des dizaines de photos. Des photos d'ambiance, quelques portraits. Personne ne s'en offusque.

fête des morts Mexique
© Laurange

Je retournerai au cimetière quelques heures plus tard. Près d'une tombe, une petite fille me tire alors par la manche : "Señorita, tu peux me prendre en photo avec ma grand-mère ?"

fête des morts Mexique
© Laurange

Une autre culture.


* fleurs que l'on offre traditionnellement aux morts.
** résine que l'on fait lentement se consumer, comme l'encens, lors de cérémonies religieuses.


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_ Laurange || 30-08-2007    Commentez


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